dimanche 2 décembre 2007

Projet de doctorat

Depuis notre retour de l’île du Nord, nous avons été très occupés à travailler sur le site de recherche du projet de doctorat d’Etienne situé au Lake Tekapo. Nous avons la chance unique de partager une grande maison avec un garage immense (environ 150 m²). Cette personne très généreuse est un docteur de 73 ans toujours actif en recherche. Pas besoin de vous dire que les conversations autour de la table sont assez pointues et que je me glisse rapidement pour passer à autre chose. Ici we swing the belly (préparer du thé) and have a swim (douche). Il y a de beaux sentiers qui passent dans la cours de la maison et nous courrons presque tous les jours, question de ne pas perdre la forme. Vous ai-je aussi dis que nous avons « a one million dollar-view ». Nous sommes perchés sur le haut d’une colline, au bord de la rivière, avec une vue sur un immense lac turquoise avec derrière les alpes néo-zélandaises couvertes de neige.

Pour plusieurs lecteurs cette chronique vous sera un peu moins intéressante parce qu’elle parle uniquement de notre vie au site de recherche d’Etienne. Par contre, je crois que plusieurs sont curieux de savoir ce que l’on fait exactement. Voici dans mes mots ce que nous essayons de déterminer et comment nous tentons d’y arriver. Pour une version plus scientifique, vous lirez les articles d’Etienne une fois publiés. Laissez moi savoir quelle version vous comprenez le mieux.

Selon ma compréhension, Etienne étudie l’impact de l’intensification de l’agriculture sur la biodiversité végétale, dans son cas l’élevage du mouton.

Pour son projet, Etienne évalue l’effet de différents traitements au champs : variation de la concentration de fertilisants, irrigué versus non irrigué, variété des semis et différentes intensités de broutage. Le dispositif expérimental sur lequel nous travaillons est composé de 32 parcelles de 8,4m x 50m. Ce dispositif est unique parce qu’il est en place depuis 1982. Cela nous permet d’étudier l’évolution des traitements sur une longue période (+25 ans), ce qui est plutôt rare dans le monde de la recherche.

Pour quantifier l’effet des traitements, Etienne établie le volume des racines et de la partie aérienne des plantes, leur composition chimique ainsi que leur efficacité à se régénérer après la période de broutage. Ceci pour des groupes d’espèces ainsi que pour chaque espèce. Il y a en a une soixantaine. Une fois toutes les données recueillies, Etienne les analysera à partir de méthodes statistiques révolutionnaires et publiera plusieurs articles confirmant, approfondissant et rejetant des théories fondamentales de l’écologie appliquées à son projet. Etienne aime bien partir des débats dans le monde scientifique. Chose qu’il a déjà bien commencé en publiant un article réponse contestant les méthodes analytiques d’une scientifique bien connue dans son domaine.

Voici les étapes de travail que nous avons réalisé jusqu'à maintenant au terrain:

1-Volume des racines :
Fabriquer une centaine de sacs en filets :
Creuser 96 trous de 30 cm de profond dont nous avons préalablement identifié l’emplacement à l’aide de tiges d’acier entré à la masse dans le sol (grosses tiges avec bouts plats);
Récupérer le sol des trous en le séparent par tranche de 10 cm de profondeur;
Séparer, nettoyer et sécher les racines;
Tamiser du nouveau sol pour remplir les trous;
Remplir les trous avec les sacs et le nouveau sol pour les ressortir un jour et quantifier à nouveau la croissance des racines dans un même volume sur une période de temps connu.

2-Biomasse aérienne :
Prendre des lectures de biomasse aérienne à l’aide d’une sonde qui interprète la quantité de végétation en un point donné et l’extrapole en kg/ha.
Découper 96 cercles de végétation jusqu’au sol en séparant le vivant du mort pour établir une courbe de calibration de la sonde (10 jours de travail et 2 belles tendinites!)
Produire un relevé de la végétation (espèces et surface couverte) d’environ une soixantaine d’espèces dont la majorité était inconnue pour Etienne il y a un mois. Plusieurs d’entre elles se ressemblent et sont miniatures. De plus, comme la végétation n’est pas en fleur, il faut vraiment avoir les yeux d’un expert comme Etienne pour les reconnaître. Seriez vous capable d’identifier la dizaine d’espèces de gazon d’en votre cour? Etienne le serait et probablement qu’il en trouverait 20.
Échantillonner environ 770 échantillons de plantes (vous ais-je dis que certaines sont microscopiques!), en les plaçant dans des papiers essuie-tout mouillés et scellés dans un sac de plastique pour 3 à 48h. Ensuite arrive ma partie, qui est très excitante. Dans mon garage où nous avons installé un bureau/laboratoire assez sophistiqué (four, congélateur, scanneur, ordinateur, balances électroniques, etc.), je tris les feuilles matures en santé des plantes, les assèche légèrement, les pèse (ça peut prendre 15 minutes et près d’une centaine de feuilles pour recueillir 0,03 g sur certaines espèces). Ensuite je mets ces feuilles à plat sur un scanneur. À l’aide d’un programme informatique, nous déterminerons la surface des feuilles à partir de ces images. Pour terminer, je mets au four ces échantillons pour une période de 48h et les pèse nouveau.


À travers tout ça Etienne joue au berger en déplacent les moutons d’une parcelle à l’autre et prend des nouvelles lectures de biomasse à l’aide de la sonde une fois que les moutons se sont bien gavés. Il sauve aussi plusieurs moutons qui ont la fâcheuse habitude de charger dans les clôtures pour se sauver de lui et restent pognés dedans.


(Note d’Etienne : si vous avez compris ou je veux en venir avec toutes ces données, bravo.)

Nous faisons de petites saucettes à Christchurch environ une fois par semaine pour ramener des échantillons, récupérer du matériel et faire le plein de nourriture. Pendant qu’Etienne prend part à des réunions ou des conférences scientifiques, je me sauve à la plage avec mon surf, visite les amis et je dégarnis la bibliothèque du quartier.

Les vacances s’en viennent

Demain, nous serons dans l’avion en direction d’Auckland où nous débutons un voyage de 3 semaines avec les parents d’Etienne. Nous nous concentrerons sur le nord de l’île du Nord et le sud de l’île du Sud (pourquoi rendre ça simple quand ça peut être compliqué, hein Marc!). Deux régions que nous n’avons pas encore eu la chance de visiter. Puis arrivent Annie-Claude et Jérôme avec qui nous nous promettons de passer au moins 1 semaine (probablement 2 pour moi). Nous commencerons le voyage à Paynes Fort, un site d’escalade sur le bord de la mer dans le nord-ouest de l’île du sud. Le reste de l’itinéraire sera improvisé. Nous devrions se joindre à Gab et Karo pour célébrer le jour de l’an à la québécoise. Ça va être un bon défi de faire cuire une dinde sur le feu de camp! Une fera un toast à toute la famille et amis québécois (et français) qui nous manquent beaucoup.

D’ici là passez un merveilleux temps des fêtes. Profitez de la neige pour nous, même si on est très heureux d’avoir enfin un été après 2 hivers de suite. Joyeux Noël et Bonne année à tous! On vous redonne des nouvelles en 2008!

1 commentaire:

Karine a dit...

Ouff... ben ça n'a pas l'air d'être de la tite-bière cette recherche là... beaucoup d'étapes, beaucoup de données... Heureusement Étienne tu sembles bien savoir où tu t'en vas!!! Continuez votre bon travail et merci à vous deux pour les mises à jour du blog. Les photos sont si belles que là j'ai vraiment hâte que ça soit notre tour!

Karine XXX